Je touche, donc je suis

Le toucher sollicite notre mode d’apprentissage primaire, organique, kinesthésique et il est au coeur de toutes les approches en éducation somatique. Dans la méthode Feldenkrais, le toucher est un important miroir kinesthésique et participe à l’expérience de la conscience de soi. Dans les séances de groupe, l’exploration du mouvement dans les composantes toucher avec le sol et rapport à la gravité nous informe en continu sur notre interaction avec l’environnement. Dans les séances individuelles, le professeur utilise le toucher comme moyen de communication directe avec l’autre. Une conversation silencieuse et profonde.

Comment apprenons-nous par le toucher?

Premier sens à se développer dans le ventre de notre mère, le toucher est un sens de connexion directe.

Il nous informe sur la texture, la géométrie et la consistance des choses. Il nous permet d’ériger la frontière entre ce qui est soi et ce qui ne l’est pas, entre le dedans et le dehors, entre le subjectif et l’objectif.

Illustration de Juan Gatti

Illustration de Juan Gatti

Durant la première année de sa vie, l’enfant apprend à faire ces distinctions. Il acquiert une foule de compétences qui lui permettent de s’expérimenter en tant que corps distinct et cohérent qui contrôle ses propres actions. Une édification de l’image de soi qui se dessine progressivement, tandis que le bébé développe son aptitude à se mouvoir. Bouger et toucher lui servent de sonde pour découvrir son propre corps. Déplacer ses membres dans l’espace engendre des contacts tactiles corps à corps et corps à objet qui apprennent à l’enfant à identifier ses frontières corporelles, ses différentes parties et leurs interrelations. Cette reconnaissance dynamique de son propre territoire s’accompagne de l’intégration de son milieu. L’environnement physique et humain se déploie également comme une entité tangible et tridimensionnelle, dont les caractéristiques se définissent à partir de cette habileté d’exploration incarnée.

La peau est toujours l’enjeu inconscient de la relation à l’autre. David Le Breton. 2006. La saveur du monde, une anthropologie des sens. p. 196

Toucher et être touché est aussi un des fondements de nos rapports affectifs. Dès notre naissance, nous établissons un dialogue tonique avec nos proches lorsqu’ils nous prennent, nous bercent, nous nourrissent, etc. Ces rapports intimes nous entraînent dans un échange avec l’autre, où alternent des moments de tensions musculaires et des moments d’abandon, qui sont colorés par différents états émotifs. Nous construisons ainsi nos facultés d’écoute et d’accordage qui sont des ingrédients essentiels pour développer notre aptitude à éprouver de l’empathie.

Essentiellement, l’empathie est de nature kinesthésique.

Comment le toucher s’inscrit-il dans la méthode Feldenkrais?

Dans la méthode Feldenkrais, le toucher permet de raffiner ce que nous avons déjà établi durant l’enfance – nos capacités à se sentir, à se mouvoir et à percevoir notre environnement- lesquelles sont le socle de la conscience de soi.

Un de ses volets, l’intégration fonctionnelle, propose des leçons individuelles durant lesquelles l’éducateur conduit le mouvement de son élève. Le toucher est directif, tandis que la personne qui le reçoit se laisse guider. Une communication préverbale s’installe et propose un certain chemin moteur qui peut ouvrir la voie vers de nouvelles possibilités dans la façon de se mouvoir et de se sentir.

Un toucher plus  »passif » est aussi utilisé en Feldenkrais, dans les cours de groupe. C’est un accompagnement manuel qui consiste à poser les mains sur une région du corps d’une personne lorsqu’elle bouge. Ce contact permet d’ajouter une couche supplémentaire d’informations à celle qui découle de l’exécution d’un mouvement. Être ainsi touché devient une invitation à prendre conscience de son organisation posturale, des directions de son mouvement dans l’espace ou bien de ses zones d’ombres qui font obstacle  au mouvement harmonieux.

Le toucher comme un miroir… kinesthésique.

Réapprendre à utiliser sa sensorialité comme source d’apprentissage, c’est sortir de ses habitudes perceptives, se renouveler et enrichir le regard que l’on pose sur soi et sur le vaste monde qui nous entoure.

Article rédigé par Julie Drouin, en collaboration avec Suzanne Charbonneau.

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